

Nous avons vérifié le 14 août 2026 : la page de référence de la Direction générale des Entreprises annonce toujours une « application complète aux systèmes d'IA à haut risque » au 2 août 2026. Elle n'a pas été mise à jour depuis le 28 juillet 2025, et ne mentionne ni le règlement (UE) 2026/1744, ni le report de ces obligations au 2 décembre 2027. Voici les vraies dates, et ce qu'elles changent pour votre entreprise.
La page « Le règlement européen sur l'intelligence artificielle » du site de la Direction générale des Entreprises (entreprises.gouv.fr) est l'une des premières réponses que Google renvoie à un dirigeant qui cherche à comprendre ses obligations. Nous l'avons consultée le 14 août 2026. Elle affiche ceci dans son calendrier d'application :
« 2 août 2026 : Application complète aux systèmes d'IA à haut risque déjà identifiés, tels que ceux utilisés dans la biométrie, les infrastructures critiques, l'éducation, l'emploi [...] » — avec la mention « Contenu mis à jour le 28 juillet 2025 ».
Cette information était exacte au moment de sa rédaction, à l'été 2025. Elle ne l'est plus depuis fin juillet 2026 : le calendrier de l'IA Act a été modifié par un règlement européen que la page ne mentionne nulle part. Un dirigeant qui s'y fie aujourd'hui organise sa mise en conformité sur une échéance qui n'existe plus, et passe à côté de celles qui, elles, sont bien réelles.
Le règlement (UE) 2026/1744, dit « omnibus numérique », adopté le 8 juillet 2026 et entré en vigueur le 27 juillet 2026, a modifié le calendrier d'application de l'IA Act sur trois points majeurs :
Le report ne signifie pas que l'IA Act est suspendu. La date du 2 août 2026 reste bien celle de l'application générale du règlement, notamment les obligations de transparence de l'article 50 et l'architecture de surveillance du marché. C'est précisément ce mélange, une échéance déplacée et des échéances maintenues, qui rend la page périmée dangereuse : elle se trompe dans les deux sens.
Voici le calendrier consolidé après le règlement 2026/1744, tel qu'il résulte des textes publiés au Journal officiel de l'Union européenne :
| Date | Ce qui s'applique | Qui est concerné |
|---|---|---|
| 2 février 2025 | Pratiques interdites (article 5) et maîtrise de l'IA (article 4) | Toutes les entreprises qui utilisent l'IA |
| 2 août 2025 | Règles des modèles d'IA à usage général, gouvernance, régime des sanctions (sauf article 101) | Fournisseurs de modèles, États membres |
| 2 août 2026 | Application générale : transparence des chatbots et contenus générés (article 50), surveillance du marché | Éditeurs de chatbots (conception) ; entreprises qui publient des contenus générés réalistes |
| 2 déc. 2027 | Obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III (reporté, initialement le 2 août 2026) | Recrutement automatisé, scoring, biométrie, éducation... |
| 2 août 2028 | Obligations haut risque de l'annexe I (reporté) | IA intégrée aux produits réglementés |
Pour le détail de chaque niveau de risque et savoir dans quelle case tombe chacun de vos usages, notre guide complet de l'IA Act pour les PME reste la référence, mis à jour après l'omnibus de juillet.
Une page officielle périmée produit deux erreurs symétriques, et nous croisons les deux chaque semaine chez les dirigeants que nous formons.
La première : paniquer sur une échéance qui n'existe plus. Des entreprises engagent dans l'urgence des chantiers de conformité « haut risque » pour une date déjà repoussée de seize mois. Des offres d'audit continuent d'ailleurs d'être présentées avec l'échéance du 2 août 2026, pourtant reportée : vérifiez toujours sur quel calendrier s'appuie un devis de mise en conformité.
La seconde, plus coûteuse : rater les obligations bien en vigueur. Pendant qu'on regarde la mauvaise date, l'article 50 s'applique, lui, depuis le 2 août 2026 : le chatbot que vous exploitez doit annoncer qu'il est une IA (une obligation de conception qui pèse sur son fournisseur : si vous utilisez une solution tierce, vérifiez qu'elle le fait), et les contenus générés réalistes que vous publiez doivent être identifiés comme tels. Et les interdictions de l'article 5, comme l'obligation de maîtrise de l'article 4, s'appliquent depuis février 2025.
Sur un sujet où le texte officiel français n'est pas à jour, la seule protection est de remonter aux sources européennes, ou de travailler avec quelqu'un qui le fait.
| Obligation | Depuis | Concrètement |
|---|---|---|
| Pratiques interdites (art. 5) | Février 2025 | Notation sociale, analyse des émotions des salariés au travail : ces usages doivent avoir cessé. |
| Maîtrise de l'IA (art. 4) | Février 2025 | Favoriser la montée en compétences IA des équipes qui utilisent ChatGPT, Copilot ou Claude. Obligation de moyens, à documenter (formulation assouplie depuis juillet 2026). |
| Transparence (art. 50) | Août 2026 | Chatbot qui se présente comme une IA (obligation du fournisseur : à vérifier si votre outil est tiers), contenus générés réalistes que vous publiez identifiés comme tels. |
Nuance pour les éditeurs d'outils génératifs : le marquage lisible par machine (article 50, paragraphe 2) bénéficie d'un sursis au 2 décembre 2026 pour les systèmes mis sur le marché avant le 2 août 2026.
Côté contrôle, à notre connaissance au 14 août 2026, la France n'avait toujours pas formellement désigné ses autorités de surveillance : le projet publié par la DGE et la DGCCRF en septembre 2025, qui prévoit dix-sept autorités coordonnées, n'a pas été finalisé, malgré des travaux parlementaires en cours qui confient déjà certaines compétences à la CNIL. L'exposition immédiate d'une PME vient donc moins d'un contrôleur que de ses clients grands comptes, de ses assureurs et des appels d'offres, qui intègrent déjà ces exigences, et du risque contentieux en cas d'incident.
8 questions, résultat immédiat avec les échéances qui s'appliquent à vos usages. Gratuit, sans inscription.
Faire le test →Cet article et le diagnostic sont fournis à titre d'information générale et ne constituent pas un conseil juridique. Pour une analyse de votre situation, consultez un avocat.
Non. Seules les obligations des systèmes à haut risque sont reportées : au 2 décembre 2027 pour l'annexe III, au 2 août 2028 pour l'annexe I. Les interdictions (février 2025), l'obligation de maîtrise de l'IA (février 2025) et la transparence de l'article 50 (2 août 2026) s'appliquent bel et bien.
Elle est périmée, pas fausse à l'origine : son contenu était exact à sa dernière mise à jour, le 28 juillet 2025. Le règlement (UE) 2026/1744, entré en vigueur le 27 juillet 2026, a changé le calendrier depuis, et la page n'en tient pas compte à la date du 14 août 2026.
Jusqu'à 35 M€ ou 7 % du chiffre d'affaires mondial pour les pratiques interdites, 15 M€ ou 3 % pour la plupart des autres violations, 7,5 M€ ou 1 % pour les informations inexactes fournies aux autorités. Pour une PME, le plafond applicable est le plus bas des deux montants (article 99, paragraphe 6), et l'omnibus de juillet 2026 a renforcé la proportionnalité des sanctions pour les PME. L'article 4 (formation), lui, n'a aucune amende dédiée dans le règlement, ce qui n'exclut pas qu'un manquement soit invoqué dans un contentieux.
À notre connaissance au 14 août 2026, la France n'a pas encore formellement désigné ses autorités de surveillance du marché : le projet à dix-sept autorités publié en septembre 2025 par la DGE et la DGCCRF n'a pas été finalisé, malgré des travaux parlementaires en cours. Au niveau européen, le Bureau de l'IA de la Commission supervise les modèles à usage général. La pression la plus concrète pour une PME vient aujourd'hui de ses clients, assureurs et appels d'offres.